49e Congrès CGT - Nantes 7-11 décembre 2009

L'invité(e)Publié le 9 décembre 2009

Guy Ryder, CSI

Le secrétaire général de la Confédération Syndicale Internationale nous présente la CSI, le rôle et la place que la CGT y joue et évoque les préoccupations revendicatives liées à la crise mondiale.

IMG/flv/Ryder.flv

Télécharger

«  L’heure est au renforcement des politiques sociales  »

Dans une intervention très applaudie, le secrétaire générale de la Confédération syndicale internationale (CSI) a dressé un véritable cahier des charges revendicatif face à la mondialisation et ses crises.

Je vous remercie de l’occasion que vous m’offrez de vous transmettre les salutations fraternelles et chaleureuses de la Confédération syndicale internationale (CSI) – votre internationale – et de ses 175 millions de membres dans toutes les régions du monde.
Il s’agit évidemment d’une «  première  ». La CSI n’existait pas lors de votre précédent congrès, à Lille. Sa création, dont la CGT a été un acteur majeur, était un moment historique pour notre mouvement international et un fait marquant de ces trois dernières années, particulièrement riches en événements. En France, je pense aux élections présidentielle et législatives de 2007 avec toutes leurs conséquences ; la poursuite d’une offensive patronale visant à stigmatiser les acquis sociaux.
Au niveau européen, après le référendum où les Français ont rejeté la Constitution, vous avez vécu les élections au Parlement européen d’une manière intense. Mais au niveau mondial, c’est surtout la crise globale, qui a éclaté l’année dernière, qui a marqué la vie des travailleurs et des travailleuses partout dans le monde.
Conséquence de cette crise  : nous avons vu la disparition de près de 60 millions d’emplois  ; une hausse généralisée de l’insécurité au travail ; une diminution des salaires et des conditions de travail de beaucoup trop de vos camarades. Et les perspectives d’avenir, dans la mesure où les gouvernements songent à mettre en œuvre leurs «  stratégies de sortie  » et à assainir les finances publiques, nous promettent encore de nouveaux défis. Etre cohérents avec notre conviction que ce ne sont pas les travailleurs qui doivent payer la note pour les excès, les erreurs, voire la criminalité dont ils ne sont guère responsables, cela veut dire que nous serons appelés à nous opposer aux dérives de ces dernières décennies.
Votre commission exécutive sortante a tout à fait raison quand elle soutient que la crise ne trouve pas sa source uniquement dans un déficit de contrôle et de régulation du capitalisme, mais aussi dans un partage des richesses qui privilégie de façon outrancière le capital au détriment du travail. Est-ce qu’on peut tolérer que la sortie de crise crée de nouvelles inégalités, et aggrave des injustices déjà inacceptables  ?
Le capital a su abandonner hâtivement l’orthodoxie néolibérale pour sauver sa peau, lorsque les gouvernements ont dépensé sans compter l’argent des contribuables. Alors, qu’il fasse encore un effort.
N’oublions pas que le déséquilibre principal de l’économie mondiale – entre la Chine et les Etats-Unis – a ses racines dans le manque d’acquis sociaux dans ces deux pays. Est-ce que l’Europe va suivre leur exemple  ? Ou, au contraire, va-t-elle finalement comprendre que l’heure est au renforcement des politiques sociales plutôt qu’à leur démantèlement ? (...)
Profitant de la mondialisation, les grandes entreprises ont pu à la fois pratiquer l’évasion fiscale et pousser les politiques de dumping fiscal. Vu la pression qu’elles exercent sur les Etats, ce sont elles les véritables protectionnistes du moment, et non pas ceux qui luttent pour faire respecter les droits fondamentaux des travailleurs.
Il est temps aussi donner corps à une vieille ambition française : une taxe mondiale sur les transactions financières. Pas faisable, selon certains. Dangereuse, selon d’autres. Mais réaliste selon nous, nécessaire et juste. Et tel est le message que nous avons adressé à M. Strauss-Kahn.
Chers camarades, très peu d’éléments positifs peuvent ressortir de cette crise. Toutefois, elle a contribué, grâce surtout aux efforts et aux engagements de la CGT, à promouvoir ce syndicalisme rassemblé, et l’unité syndicale en France qui a caractérisé les mobilisations extraordinaires des premiers mois de cette année. Alors que les syndicats, dans nombre de pays, tâchent de trouver leurs marques face à la crise, ce que vous avez fait a été exemplaire et a été fortement remarqué dans les rangs de la Confédération syndicale internationale dans le monde entier.
La CSI, que vous avez considérée comme nécessaire pour promouvoir l’unité syndicale à l’échelle planétaire et pour construire un nouveau syndicalisme international, a, elle aussi, cherché à unir les forces de toutes ses centrales affiliées pour faire face à la crise. Avec vous, nous avons interpellé les dirigeants du G20 à Washington, à Londres et à Pittsburgh. Et nous avons réussi à ce qu’ils placent l’emploi au centre de leurs préoccupations et à ce que l’OIT prenne sa place à côté du FMI, de la Banque mondiale et de l’OMC lors de leurs réunions. Nous continuons à réclamer une vraie réglementation des marchés et des acteurs financiers et j’ai l’impression qu’il faut un peu hausser le ton, dans la mesure où ces acteurs commencent à recouvrer leur confiance, leurs bénéfices, leurs bonus et leur arrogance.
A la lumière de ce que nous avons fait depuis le congrès fondateur de la CSI à Vienne, au G20 et ailleurs, je pense qu’il n’est pas exagéré de croire que nous avons pas mal avancé sur le chemin de notre nouvel internationalisme.
Mais je suis conscient qu’il reste énormément à faire. Et j’avoue également qu’en face de Bernard au conseil général de la CSI, j’ai toujours ressenti chez lui une certaine impatience – que je comprends et que je partage en partie.
Le rapport d’activité présenté au congrès exprime une certaine déception vis-à-vis de certaines affiliées de la CSI qui n’auraient pas compris la portée de notre action mondiale du 7 octobre, ou dont la mobilisation a été jugée insuffisante. J’ignore si ces remarques s’appliquent à l’échelle nationale ou internationale. Quoi qu’il en soit, j’en profite pour citer votre secrétaire général sur un point qui me semble essentiel. Alors que ce congrès délibère sur les actions nécessaires pour renforcer la CGT, la rendre plus représentative, plus forte, pour qu’elle soit plus écoutée et aussi pour consolider la légitimité et la crédibilité du syndicalisme, Bernard Thibault dit aux salariés qu’«  attendre beaucoup de la CGT est une chose, mais que les résultats seront proportionnels à leur engagement dans la CGT  ».
C’est tout à fait cela. Que nos affiliées de la CSI attendent beaucoup de leur internationale, c’est bien, c’est positif. Mais n’oublions pas que ce que la CSI sera éventuellement capable de faire dépend entièrement de leur engagement.
Et ce ne sont pas les défis qui manquent. Je ne veux pas terminer aujourd’hui sans évoquer le défi du changement climatique. Nous serons plus de 250 représentants syndicaux à Copenhague ces prochains jours, une belle preuve d’engagement sur un dossier auquel la CSI accorde beaucoup d’importance.

Mes remerciements donc, à la CGT pour votre intérêt porté à la question internationale et pour votre engagement, parfois critique, mais toujours enthousiaste – à la CSI. Une fois conclu ce congrès, et je vous souhaite qu’il soit couronné de succès – chers camarades, respirez un moment. Puis amorcez vos réflexions, préparez-vous pour le IIe congrès mondial de la CSI qui se tiendra en juin prochain, à Vancouver, au Canada. Vancouver n’est pas tout près de Nantes. Mais ce que vous faites ici et ce que nous ferons à Vancouver doivent se rapprocher, doivent être deux éléments d’une seule réalité, d’un seul mouvement syndical.

Flux RSS Suivre la vie du site
Imprimer cette page - Envoyer cette page par courriel

L’invité(e)

John Monks, CES Marie Pezé, psychologue Pierre Musso, philosophe

Pages 1 | 2 | 3 | 4

Photothèque

Vue générale de la salle Rencontre-débat Alès - B.Thibault Rencontre-débat Alès - Rencontre-débat Alès - Rencontre-débat Alès - Rencontre-débat Alès - Rencontre-débat Alès - Rencontre-débat Alès